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Vendredi 09 Novembre 2007



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Souviens-toi
 
Au début du siècle, la télévision n'existait pas encore. Les enfants d'aujourd'hui, qui passent leurs soirées devant le petit écran, n'imaginent pas une seconde ce que pouvait être une veillée.

La nuit tombait vite à la fin de l'automne. Nous prenions nos repas à la lueur de la lampe à pétrole puis, lorsque la soirée était calme, sans pluie ni vent, nous nous rendions ma mère mes frères et moi, dans l'un ou l'autre des trois séchoirs à châtaignes voisins de notre maison.
Les séchoirs se ressemblaient tous, ils se composaient d'une seule pièce, au sol de terre battue n'ayant pour seule ouverture que la porte. Au milieu de la pièce trônait le "Fucone" ( le grand feu ). C'était une caisse carrée, d'un demi mètre de hauteur, faite de planches épaisses et remplie de terre argileuse tassée.
Sur cet âtre, un grand feu brûlait nuit et jour, un feu alimenté principalement avec des souches de bruyères arborescentes qui dégagent beaucoup de chaleur en se transformant en gros tas de braises. Le plafond était formé de claies enfumées sur lesquelles les châtaignes, étalées et remuées de temps en temps, se desséchaient lentement.
Dans le séchoir, l'atmosphère était chaude et enfumée; lorsqu'elle devenait suffocante et que les yeux piquaient trop, on ouvrait la porte pour chasser la fumée et laisser entrer un peu d'air frais. Dans le séchoir, il n'y avait pas d'autre éclairage que la lueur du feu ou celle d'une torche de bois gras (déda) qui brûlait en grésillant et le long de laquelle coulaient des larmes de résine. Les vieux, (car les jeunes étaient hélas! à la guerre), les femmes et les enfants s'asseyaient en rond autour du "Fucone" sur des chaises basses ou des petits bancs de bois. Les femmes écossaient quelquefois des haricots secs mais tricotaient, le plus souvent, des bas et des chaussettes de laine ou de coton. Les vieux chiquaient "l'arba tavacca" (l'herbe à tabac) dont chaque famille cultivait quelques pieds dans son jardin. Ces chiqueurs, à la joue rebondie de quelqu'un qui a mal aux dents, envoyaient de temps à autre sur le feu des giclées de salive brune. D'autres vieux fumaient la pipe, toujours bourrée de leur propre "arba tavacca". Ils sortaient de leur poche un petit sac allongé, en peau de chat, "l'arbagholu", contenant du tabac séché dont les feuilles avaient été émiettées aux ciseaux. Quand leur pipe était bien garnie, ils avisaient un petit tison et mettaient le feu à l'herbe à tabac en aspirant très fort quelques bouffées.

Dans ces séchoirs où plusieurs familles se réunissaient, tous, et particulièrement les enfants, attendaient deux choses: le plaisir de se régaler avec des marrons "i fasgioli", et le plaisir d'écouter de belles histoires "e foles", où il était question de "fate" (fées) de "streghe" (striges) et d'animaux monstrueux. On racontait aussi, à la veillée, des "stalbatoghji" (des histoires vécues" ou bien les histoires de "Grossu-minutu" ( "Gros-Menu", le fou de Pascal Paoli, histoires pleines d'à-propos, de malice et d'humour).
C'était généralement à un vieux ou à une vieille, qui connaissait l'art de les cuire à point, que revenait la tâche de griller les châtaignes dans le "testu". Le "testu" était un récipient de terre cuite, au fond percé de trous mais plus profond que la poêle à marrons dont on se sert de nos jours. Avec son anse, en terre cuite également, il ressemblait un peu à un panier. Le "testu", rempli de châtaignes fraîches était posé sur un trépied au-dessus des flammes et des braises.
Empoigné par l'anse, avec un chiffon afin d'éviter les brûlures, il était secoué vigoureusement pour brasser les châtaignes. Celles-ci commençaient à suer puis leur enveloppe charbonnait peu à peu et, quand elles étaient rôties à point, le "testu" était reposé à terre et couvert d'un papier d'emballage. Quand les marrons pouvaient être épluchés sans brûler les doigts, on les découvrait et alors tous les bras se tendaient et toutes les mains se rencontraient dans le "testu".
Pendant que cuisaient les marrons ou qu'on les dégustait, quelqu'un racontait une "fola", en langue Corse bien sûr, une de ces histoires merveilleuses qui n'avaient rien à envier aux contes de Perrault. Le conteur terminait invariablement par cette phrase: (cela s'appelle "filastrocca", "comptine.. Julie Avignon Pastinelli
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J'ai commencé la première page, pour ne finir le livre qu'à la première lueur du petit jour
 
Je peux voir la canopée comme des vagues immobiles aux quelles seul le vent de la montagne donne une vie de mer sombre. Il traîne des brumes alanguies que le soleil levant finit toujours par enflammer. Au-delà il y a un grand fleuve et bien au-delà la mer, la vraie, l’infinie, qui se dessine parfois comme un trait de lumière pour souligner l’infini du ciel. J’aime cet endroit comme une escale de paix. Je suis un égaré ayant décidé de se poser, de rester là dans chaque instant des souffles. J’écoute l’oiseau, un chant sur la page de silence. A la fin du jour il y a celui des voix de la vallée, isolées comme des notes échappées. J’apprends l’attente, celle de l’instant, celle de la pluie, des jours à venir, de la nuit, de la première étoile, celle du feu pour les repas et pour réchauffer les soirs. J’attends sans impatience, en vivant l’instant comme une éternité. Ajouté à ce bonheur, il y a l’inattendu de cette vie là haut, les coups de vent soudains qui annoncent l’orage. Il y a alors une plainte rugueuse des écorces blessées, un bavardage précipité du feuillage sans ailes sombres des nuages, et je me régale d’un poignard de feu, derrière les voiles d’eau. Il me semble que ces instants-là ne peuvent finir. Tous les soirs avant la noyade solaire, quand l’ombre du petit sycomore s’étire en géant, je m’assois sur le tronc couché qui barre le sentier. J’ai alors, comme le veilleur, le sentiment de garder un territoire.
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